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The voice of wounds

“Selon l’OMS et la plupart des études menées et revendiquées officiellement, le cancer serait dû pour partie (40% nous dit-on) à un de ces facteurs ou la conjonction de plusieurs de ces facteurs, tels que: l’obésité, l’alcool, le tabac, l’alimentation, l’âge ou encore l’exposition au soleil.

Pour autant, mon père ne fumait pas, était en dessous du poids ‘normal’, ne buvait qu’occasionnellement, et ne faisait aucun excès de nourriture au quotidien.

Une exception à la règle.

Ainsi, que fait-on de lui et des 60% restants qui ne rentrent dans aucune case ?
Et que sont censés faire les 40% aux prises avec les difficultés énoncées ? Culpabiliser ? Avoir peur ? Et donc entretenir un autre cancer?

Si tant est que cette étude et sa conclusion sur les facteurs de risques soit vraie, j’aime dans tous les cas à penser que la seule vérité qui importe est celle qui est utile.
Or, il me semble qu’ici, elle ne sert irrémédiablement à rien.

En réalité, et d’autres études le constatent, faire peur ou inciter au dépistage n’entraine que très peu de changements d’habitudes, voire ne fait qu’empirer un mal-être, et nous résout à vivre avec le sentiment d’une épée de Damoclès en permanence au-dessus de nos têtes.

Parce qu’en réalité, “vous aurez le cancer non par le fait de fumer en lui-même, mais par la chose qui vous donne autant envie de fumer.”
Et ceci est valable pour tout. (1)

Pour continuer d’alimenter les statistiques, on vous invite aussi à calculer votre taux de risque. A calculer le pourcentage de facteur génétique incriminant ou prédisposant. A calculer vos chances de survie, et votre durée estimée de survie.

Mon père n’avait plus aucune trace de cancer après avoir suivi le ‘protocole’ déterminé et même une chimiothérapie dite ‘préventive’. L’estimation de sa durée envisagée de vie avait été jugée favorable. Pour autant, il décéda seulement une poignée d’années après.

Encore une exception à la règle.

Mais chaque exception à la règle est un homme.

Nous avons tous dans notre entourage, un tonton Georges qui fumait comme un pompier et se porta comme un charme jusqu’à 90 ans, ou une tante qui prenait bien soin d’elle, faisait beaucoup de sport et fut foudroyée d’un cancer fulgurant dans la quarantaine.

Nous sommes faits pour être des exceptions à la règle.

Au hasard, dans l’écriture de ce livre, j’ai pris les deux premiers sites proposés pour évaluer mes « risques » de cancer : assessyourrisk.org, et mycanceriq.ca.
En résultats : 20 à 40 % de chances d’avoir un cancer du sein, 5 à 9% d’avoir un cancer des ovaires, et un risque plus élevé que la moyenne d’avoir un cancer colo-rectal pour la simple raison qu’a priori je ne mange pas assez de produits laitiers et que j’ai des antécédents familiaux de cas de cancer.
Aucun des tests en ligne ne m’a posé une seule question sur mon ressenti, mes émotions, ma vie ou ma personnalité.
Par contre, on m’a enjoint d’aller plus loin, avec en option et au choix : de faire un IRM, une mammographie, un test génétique, une ligature des trompes, ou d’envoyer PINK au 59227.

On nous dit aussi que « l’âge médian au moment du diagnostic est de 61 ans pour le cancer du sein, de 68 ans pour le cancer colorectal, de 70 ans pour le cancer du poumon et de 66 ans pour le cancer de la prostate. » Avant de continuer plus loin : « Mais la maladie peut survenir à tout âge. »

Voilà à nouveau une étude et une information qui sert à quelque chose.

En vérité, je crois que nous ignorons tout (ou presque tout) des maladies qui nous affectent, et que l’angle avec lequel nous les abordons n’est pas plus grand que le trou d’une serrure et nous éclaire autant qu’une lampe de poche, dans le brouillard d’un fatalisme aléatoire.

Nous formulons des hypothèses aussi solides que du vent, issues d’une logique déformée, pour appréhender un mystère et une réalité bien différente et bien plus ingénieuse.

Nous clamons des choses du haut de notre médecine, qui n’a pas plus d’une centaine d’années de recul, et le fait que nous changions d’avis toutes les dizaines d’années ne semble pas tracasser notre arrogance.

En dépit de milliards dépensés, nous ne saisissons toujours rien de la pathogenèse d’une maladie, ni de ses implications profondes, ni de toutes ses formes de manifestations, ni de ses causes, ni de sa prévention et encore moins de sa résolution.

Nous réduisons l’homme, comme nous avons réduit la nature et le vivant, à une somme de chiffres et de normes, au travers de statistiques qui le modèlent et l’emprisonnent. Nous nous “acharnons à confondre la Vie et le support physique de sa manifestation, (…) comme qui ne retient de tout un poème que la composition chimique du papier sur lequel il se trouve imprimé.”

La science, en voulant réduire l’homme à des coefficients et formulations sur du papier, à la somme de résultats de prises de sang, à une charte de statistiques divers décrivant son état, a oublié que « décrire la blessure ce n’est pas décrire la souffrance. » (2)

Ces statistiques, que voulaient-ils dirent de mon père ? Me permettaient-ils de le connaitre ? D’avoir un quelconque entendement sur ses doutes, ses peurs, ce qui faisait de lui un homme?
Certes, ils décrivaient sans doute sa blessure.
Mais ils ne décrivaient pas sa souffrance.
Pas plus qu’ils n’indiquaient comment restaurer la paix.

N’oubliez pas que les statistiques, au mieux, décrivent sur l’instant les états et variations des parties d’un tout, et que ce tout est un homme.

Parce que vous êtes un prisme aux facettes innombrables, paradoxales, contrariées et changeantes.

Parce que la santé et la maladie sont deux états sur un continuum qu’est la vie, à la recherche de son équilibre.

Et un équilibre ne se conquiert pas. Au mieux, nous créons les conditions favorables pour qu’il s’installe.

C’est créer un espace pour accueillir la vie, comme on prépare une maison pour recevoir la joie et l’amour des amis.

Malheureusement, l’homme ne pense pas ainsi.

Il marche sur sa route comme un soldat mû par des ambitions belliqueuses pour infléchir la vie à sa seule volonté.

Vaincre le cancer, combattre la maladie, éradiquer la tumeur. Conquérir tout. Même la paix, le bien-être, le bonheur.

Il vit sa vie dans l’adversité, parce qu’il la prend du mauvais versant, celui de la peur et non de l’amour.

Il s’impose des régimes, fait du sport, prend des vitamines, se torture l’esprit, moins comme une louange à la vie, qu’avec le dessein égoïste d’en obtenir quelque chose en retour.

Il vit pris en étau: dans le désir de se débarrasser de quelque chose et/ou d’acquérir quelque chose.

Constamment.

Quelle bataille!

Victor Hugo écrivait ‘nous serons une ombre après avoir été du bruit’.
Je trouve que nous faisons beaucoup de bruit pour combattre ou conquérir nos ombres…quand j’ose à croire qu’allumer une petite lumière dans notre cœur suffirait à tout restaurer.”

 

(1) William Saroyan, Ne pas mourir: un interlude autobiographique
(2) Wolfgang Sofsky

 

Emmanuelle Soni-Dessaigne

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