Sophie Mainguy Besnier, médecin pénitentiaire, rejoint le projet.

 

 

 

“Je grandis dans une famille marquée par le traumatisme religieux, à l’histoire douloureuse, dans laquelle je reçois une éducation aimante, ouverte et dénuée de toute spiritualité .

La foi familiale se porte en la culture, la tolérance et l’humanisme. La vénération s’attribue à l’intellect. L’éducation se mesure au savoir.
Moins à l’aise avec le raisonnement et le langage que mes frères et sœurs, plus vivante dans la joie et l’intuition, je suis très aimée mais me considère comme la moins brillante de la fratrie. J’en nourris certains complexes et frustrations.

Volontiers condescendante envers tout ce que j’attribue à de la superstition par compensation, je n’ai comme seule expérience de l’invisible que ces moments où, allongée longuement dans mon lit, je ressens pleinement l’harmonie de ma propre présence, la sensation de la conscience de moi même, tout en m’interrogeant sur son origine.

 

Si c’est le cerveau qui la produit pourquoi se demande il donc tant d’où elle vient ?

Magique de réaliser que c’est la redécouverte de ce magnifique état qui me sera tant utile par la suite.
Afin de concilier mes élans du cœur et le pré requis universitaire familial, j’opte pour des études de médecine.

J’exerce en outre mer et parfois à l’international dans des milieux particulièrement difficiles où crises sanitaire et catastrophes se succèdent. Je suis un praticien hospitalier urgentiste passionné, habituée aux situations extrêmes.

J’y goute ce que la mort révèle : le flow, l’exhumation (paradoxale) de la vie, l’équité des êtres, l’authenticité de l’amour.

Après 15 ans, je me vis comme sensible, intègre et chevronnée, sincèrement convaincue de l’extériorité obligatoire du soin, adepte du tout chimique, mécanique, biologique et démontrable dans le processus de guérison. Pourtant, si j’ai foi en la maitrise du raisonnement, l’attention du détail, la valeur de la technique, je ne la cultive que peu. Je garde une prépondérance intuitive dans mon exercice, souvent remarquée et qui, comme dans l’enfance, me donne un sentiment de marginalité et me questionne.

Je ressens également que la frontière de la mort n’est pas toujours si tranchée et je me surprends, lors de mes réanimations, à faire une distinction entre ceux que je crois déjà partis de ceux prêts à revenir.

 

Ma perception du monde va réellement basculer

au décours d’une puissante expérience de maladie.

 

Dans un contexte d’aggravation rapide, après une errance diagnostique de près de 25 ans (une chirurgie lourde non efficiente), je me révèle atteinte d’un syndrome génétique mal défini pour lequel il n’existe pas de traitement curatif.

Mon état est incompatible avec mon métier et malgré toutes mes tentatives d’adaptation, un beau matin, il me sera physiquement impossible de m’y rendre. Cette coupure va durer de novembre 2012 à mai 2017.

Je vais alors éprouver la douleur aliénante, le désespoir de l’aggravation, le handicap sévère et la terreur de l’instant d’après.
Je ferai également l’expérience de ce qu’engendre la confrontation de la fatuité médicale avec son impuissance à savoir la brutalité, la suspicion, l’insensibilité et le mépris.

Ma croyance en l’infaillibilité de la médecine occidentale s’achève devant les conséquences désastreuses de la iatrogénie de mes traitements.
Plus je me traite plus j’agonise.

Alors que depuis 3 années la vie en moi se résume à de l’impotence douloureuse et des réactions secondaires médicamenteuses. Alors qu’il m’est proposée de m’insérer un dispositif dans la colonne vertébrale pour y inoculer directement des flash de morphine; je ressens un rejet profond, un dégout inviolable, un NON tonitruant.

Je cesse de me rendre aux consultations, j’arrête progressivement tout médicaments et je m’immerge dans la méditation.
En quelques jours il m’est possible d’atteindre des états d’anesthésie totale.

Là où les molécules m’ont diminué et même avili; le souffle, la détente, l’attention intérieure me libèrent.

Baignant dans l’amour des miens et en particulier de mon mari, lui même médecin, je multiplie la littérature, les avis, les retraites, les formations dites spiritualistes ou de pleine conscience, au grée de mes élans et avec le moins de restriction réflexive possible.
Je fais une intense plongée introspective dans laquelle chacun des mécanismes émotionnel, sensoriel et intellectuel perçus est observé. Je mesure leur impact sur l’état global, je constate leurs interrelations continuelles et, surtout, je découvre l’espace inaltérable au coeur duquel ils surgissent.

 

Et le constat de s’imposer : aucune vérité, aucune solution ne peut résider dans l’exclusion. Toutes les souffrances sont peurs et jugements. Le soulagement, la santé, la Vie sont acceptation, accueil et union.

 

Alors j’embrasse les dégoûts et les terreurs. Je relâche les contractions. Je débusque les mensonges et les violences. Je dissous les hontes. J’accueille les rejets. J’absous les rancoeurs. Je pardonne les jugements. Je console les haines. J’affranchis les culpabilités. J’accepte les chagrins.
Autant de tonalités d’Amour pour autant de tonalité de peurs.

Rien ne résiste à cette communion intérieure, pas même la douleur physique.

 

L’Amour peut tout, l’Amour est tout.

 

La compromission des états de santé réside dans l’oubli, l’ignorance et l’inconscience que nous en avons.
Le symptôme n’est jamais que le témoin de cet état de fait.

Je récupère en un an, je sors de mon lit et reprends une vie active, pleine et heureuse.
Je crains de perdre l’approbation familiale dans ma nouvelle conception – moins universitaire – du vivant mais celui-ci est à ce point parfait et amoureux que je ne rencontre que joie partagée de mon rétablissement. Mieux, je découvre que ma soeur jumelle, diplômée de Science PO et jusque là conseillère ministérielle, a entamé discrètement une reconversion de son coté. Loin des ministères, elle exerce maintenant comme thérapeute convaincante et convaincue en psycho énergétique.

Lors de mon retour au soin, j’y ai perdu mon manichéisme et mon envie d’avoir raison. J’y ai même gagné la conscience que cette envie là signe systématiquement l’erreur.

La perception de la puissance d’Amour que nous sommes tous, quelles que soient les couches qui l’étouffe, guide dorénavant ma pratique.

Soigner c’est le révéler.

Ainsi la bienveillance et la compassion sont prioritaires. La confiance qui en résulte permet d’accompagner le patient vers sa justesse, ses capacités, la responsabilité de sa santé, l’amour de lui.

Également algologue et titulaire du Diplôme Universitaire « Méditation, relation thérapeutique et soins », c’est dans cet esprit que j’exerce actuellement en centre pénitentiaire auprès des personnes incarcérées.

Par ailleurs j’anime des ateliers de méditations de pleine conscience dans le cadre de programmes de prévention sanitaire pour le Comité Départementale d’Éducation pour la Santé (CODES) du Var.”

Partager c'est prendre soin

0 comments

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *